Un génocide ou deux ? G. Mbonyumutwa rejette les accusations de négationnisme


Interview : Gustave Mbonyumutwa à propos des accusations de négationnisme portée contre lui et ses associés.

Un mois et demi avant les élections communales en Belgique, le Belgo-Rwandais Gustave Mbonyumutwa, président de l‘ASBL Jambo a été publiquement qualifié de négationniste du génocide des Tutsis par son compatriote et sénateur belge Alain Destexhe.

Quelques jours plutôt, M. Mbonyumutwa avait été exclu des candidats potentiels à ces élections par le parti DéFI dont le président est Olivier Maingain, qui avait invoqué le même motif.

Nous l’avons approché pour entendre sa version sur ce qui lui est reproché.

Il n’a pas répondu à toutes nos questions et sous-questions parce qu’il nous a dit qu’il voulait se concentrer sur l’actualité récente mais il a promis de le faire une prochaine fois.

  • Pourquoi avoir choisi de militer au sein du parti DéFi qui est issu de l’ancien FDF (exFDF, Front démocratique des Francophones) ?

Pour moi, les enjeux locaux sur lesquels je souhaitais m’investir étaient différents des enjeux fédéraux ou internationaux. Ayant vécu à Watermael‐Boitsfort pendant 7 ans, une commune longtemps gérée par DéFI, et dont j’appréciais particulièrement la bourgmestre, le choix pour DéFI était évident pour « les matières communales ».

  • Serait-ce par erreur, ignorance ou provocation parce que les Maingain et les Libéraux belges sont connus pour leurs sympathies envers les autorités de Kigali ?

Espoir je dirais… Il y a beaucoup de gens au sein du DéFI qui sont ouverts à la discussion et qui aiment affirmer l’indépendance du parti. C’est vrai que les dirigeants des partis pèsent énormément dans la ligne directrice, mais parfois, la base aussi peut donner un nouveau cap. Avoir des sympathies pour les autorités de Kigali est une chose, mais défendre les valeurs fondamentales d’un Etat de droit est une autre.

Par ailleurs et je le répète, pour moi mon engagement était sur des enjeux locaux à Saint-Georges-Sur-Meuse sur lesquels les positions internationales du parti ne devaient pas avoir d’impact.

  • Étiez-vous candidat ou simplement membre et cadre de DéFi à St Georges ?

J’étais chef de file, c’est-à-dire en charge de composer la liste des candidats qui allaient se présenter aux élections communales. Je ne dirais pas que c’est être cadre, mais c’est prendre la responsabilité de former une liste.

  • Êtes-vous toujours membre ?

Oui, je n’ai pas été exclu du parti en ma qualité de membre. Il m’a été interdit de me présenter aux élections en tant que candidat DéFI.

  • Vous avez été accusé de négationnisme du génocide contre les Tutsis au Rwanda. Depuis quand reconnaissez-vous le génocide des Tutsis au Rwanda ?

Cette accusation de « négationnisme » m’a été adressée en ma qualité de Président de l’ASBL Jambo qui est accusée d’être une « association négationniste ».

Depuis sa création cette dernière reconnait le génocide perpétré contre les tutsis.

Jambo ASBL a été fondée en janvier 2008, les deux premières années de l’existence de l’ASBL ont surtout été des années consacrées à la structuration de l’association et au recrutement des membres. C’est vers 2010- début 2011 que l’ASBL a commencé à être pleinement opérationnelle avec le lancement de ses deux principaux départements : Jambonews en date du 1er octobre 2011 et Mpore mémoire et justice en date du 24 février 2011, le département en charge de la mémoire.

Deux mois à peine après le lancement de Mpore, nous nous sommes rendus en tant qu’association à la commémoration d’Ibuka, car après en avoir notamment discuté avec des membres d’Ibuka, nous estimions qu’il s’agissait d’un geste fort pour marquer notre reconnaissance sans ambiguïté du génocide, marquer notre solidarité avec les victimes et affirmer que la mémoire des victimes du génocide contre les tutsis concerne tous les rwandais, quel que soit leur parcours.

Malheureusement, nous avions été expulsés par une frange marginale au sein d’Ibuka mais qui détient malheureusement les pleins pouvoirs et ne souhaite pas l’unité des rwandais pour des raisons politiques au grand dam de plusieurs membres de l’association qui nous ont marqué leur soutien et exprimé leur indignation face à cette expulsion.

Rwanda-Belgique : goût amer à l’issue de la commémoration d’Ibuka

Cela ne nous a pas empêché de continuer nos actions en faveur de l’unité des rwandais en particulier autour de la mémoire en donnant systématiquement lors de nos commémorations la parole aux rescapés du génocide des tutsis. Prudentienne Seward, rescapée du génocide fût par exemple l’une des principales personnes à témoigner lors de la deuxième commémoration de Mpore en avril 2012 : Rwanda: Temoignage de Prudentienne Seward

A côté des commémoration proprement dites, nous avons aussi organisé des conférences dans lesquelles le sujet était régulièrement évoqué, comme ici par exemple en 2012 également, une conférence portant sur le sujet des crimes commis au Rwanda et leur qualification juridique, il y est affirmé que les massacres de Tutsis commis entre avril et juillet 1994 répondent sans aucun doute possible à la qualification dé génocide.

  • On vous reproche aussi d’évoquer un génocide contre les Hutus. Depuis quand êtes-vous convaincus de son existence ?

La coïncidence veut que le site internet de www.jambonews.net a été lancé le 1er octobre 2010 le jour même ou le rapport mapping a été publié.

Etant donné qu’il s’agissait du grand fait d’actualité, c’est en toute logique que Jambonews a consacré son tout premier article au mapping report qui évoquait un génocide perpétré contre les Hutu.

Je dirai donc que l’association reconnait ce génocide depuis qu’elle a véritablement commencé à être opérationnelle.

Dans la conférence à laquelle je faisais allusion précédemment et qui visait la question de savoir « de quels crimes les Hutu et les Tutsis ont été victimes », la question du génocide contre les Hutu est abordée, et l’existence de ce dernier est confirmé sans ambiguïté.

Notre position n’a pas évolué sur ce sujet et les mêmes concepts développés dans cette conférence datant de 2012, se retrouvent dans l’article « de quels crimes les Hutu et les Tutsis ont-ils été victimes », qui fût annexé à notre dossier au parlement ; Rwanda : de quels crimes les Hutus et les Tutsis ont-ils été victimes ?

Contrairement à ce qui est parfois véhiculé à tort, il n y a donc pas eu d’évolution, ou de « reconnaissance soudaine » ou « opportune » de l’un ou l’autre génocide. Notre position a toujours été constante ;

  • Je suppose que votre point de vue personnel par rapport à la crise des années nonante au Rwanda, ne date pas du Mapping Report. Avant la fondation de l’asbl Jambo et votre présidence de cette association, personnellement, pensez-vous qu’un génocide a été commis contre les Hutus au Rwanda ?

Je ne saurais pas dire depuis quand exactement j’en ai eu la conviction personnellement. J’ai d’abord dû prendre conscience de l’ampleur des crimes qui avaient été commis contre les Hutu en tant que tel. D’abord dans un contexte de guérilla et de prise de pouvoir, ensuite dans un contexte de rapatriement des réfugiés et enfin dans une entreprise de lutter contre une insurrection dans le nord du pays. Ensuite, il a fallu que je comprenne que ces crimes répondaient aux critères d’un génocide. C’était avant le mapping report qui est venu confirmer ma conviction.

  • Ce Rapport Mapping évoque des crimes à caractère génocidaire commis contre les Hutus, est-ce que ça vous suffit – à vous, à l’association et à ses membres – pour conclure qu’il y a effectivement eu un génocide contre les Hutus ? N’est-ce pas aller un peu vite en besogne et prêter le flanc à vos détracteurs ?

Il n’y a pas que le mapping report :

Il y a aussi :

  • Le mandat d’arrêts pour génocide délivré en février 2008 par la justice espagnole.
  • Les découvertes des enquêteurs du TPIR que mentionne Carla Del Ponte dans plusieurs documents ainsi que Judi Rever dans son livre de 2017

Il y a aussi les témoignages de plusieurs personnalités ayant occupé de hautes fonctions au sein du régime post-génocide qui dénoncent ce génocide contre les Hutu, je pense par exemple à Faustin Twagiramungu, ancien premier ministre et figure de l’Union nationale, ou encore à Théogène Rudasingwa, ancien secrétaire général du FPR.

A côté de ces hauts responsables, il existe énormément de témoignages de militaires ayant exécuté ce génocide, je pense par exemple au Lieutenant Ruzibiza, ou encore à Kennedy Gihana, ce dernier témoigne par exemple sur ce que lui a personnellement fait ou vu en 1994, il explique clairement l’état d’esprit des troupes « Nous avons tué chacun d’eux qui se trouvait sur notre chemin. A cause de notre colère, nous ne demandions pas qui était Interahamwe et qui ne l’était pas, aussi longtemps qu’ils étaient Hutu, des femmes, peu importe… », il explique comment même les bébés étaient tués. Ces témoignages d’auteurs sont corroborés et concordent avec les témoignages des victimes, il ne faut pas avoir fait un doctorat en droit pour se rendre compte que la description des faits répond à la définition du génocide.

Je voudrais toutefois ajouter une précision, j’ai parfois l’impression que les gens pensent que si ce n’était pas un génocide alors ce n’est pas grave. Même si on était convaincus que ces crimes ne répondraient pas à la définition de génocide, on parle de crimes contre l’humanité, on parle de l’extermination de centaines de milliers de personnes, hommes femmes, enfants, et ces victimes méritent justice, ces victimes méritent comme toutes autres victimes, de comprendre ce qui leur est arrivé et les responsabilités derrière.

  • Diriez-vous que vous êtes un opposant au régime de Kigali ?

Nous ne sommes pas des opposants. En tant que membre de la société civile, nous sommes des observateurs de ce qu’il se passe et nous émettons des critiques et des recommandations là où il faut. Comme nous défendons principalement des valeurs telles que le respect absolu des droits de l’Homme, une mémoire réconciliée et une justice pour toutes les victimes, nous sommes actuellement très critiques vis-à-vis du régime actuel de Kigali, étant donné qu’il n’excelle pas dans ces matières.

  • Vous avez dit que vous alliez poursuivre vos accusateurs. Où en êtes-vous ?

Nous préparons le dossier de la plainte avec toute une équipe d’avocats spécialisés en la matière. Cela prend du temps mais d’ici le mois d’octobre un juge d’instruction devrait avoir reçu le dossier complet.

  • D’autres membres de l’Asbl Jambo étaient candidats pour les élections du dimanche 14 octobre et ils ont aussi été visés par des accusations de négationnisme mais ils n’ont pas été exclus des listes de leurs partis (CDH et CD&V), qu’en pensez-vous ?

Voir deux partis politiques rejeter ces accusations alors qu’un troisième les cautionne montre à quel point la notion de négationnisme dans le contexte du génocide contre les Tutsi reste très subjective. Il est impératif d’avoir un débat contradictoire sur ce qui est négationniste ou ce qui ne l’est pas.

Avec cet épisode des élections, il ne fait plus aucun doute qu’une clarification est nécessaire, tant pour empêcher ceux qui voudraient nier ce génocide, que ceux qui voudraient l’instrumentaliser.

· Date et lieu de naissance :

En 1977 au Rwanda, CHK [Centre Hospitalier de Kigali]

· Date d’arrivée en Belgique :

1er septembre 1994

· Autres partis politiques avant DéFi ?

Aucun

· Partis rwandais ?

Aucun, j’avais 17 ans quand j’ai quitté le Rwanda

· Partis politiques rwandais en Belgique ?

Aucun.

· Activités professionnelles

Employé dans le secteur bancaire en tant que responsable de service informatique et à titre complémentaire, conseiller et prestataire de services en informatique et finance.

· Situation familiale

Marié, deux enfants (nés en 2010 et en 2014)

· Hobbys

Jambo asbl, la famille, les amis, mon histoire et celle des autres

NKB-D

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