Corneille a toujours su qui a exécuté sa famille


Photo: premiere.fr

En 1994, Corneille n’était plus un enfant ignorant de ce qui se passait autour de lui. Il avait 17 ans et il était bien au courant du statut de sa famille.

Il  savait et sait pourquoi lui, son père, sa mère, ses deux frères et sa toute petite soeur étaient toujours chez eux le 15 avril 1994.

Leurs voisins tutsis et hutus dit modérés ciblés à Kicukiro par les miliciens des partis politiques radicaux ou ailes radicales de partis politiques, avaient fui en masse vers la protection temporaire des forces des Nations-Unies à l’École technique officielle  (ETO) avant d’être massacrés après une marche forcée à  la proche colline de Nyanza.

Si Corneille répète à qui l’interviewe que son père était tutsi et sa mère hutu, ce n’est pas nécessairement l’information dont disposait leur entourage hutu et tutsi et qui figurait dans le dossier administratif.

Corneille a bien entendu été horrifié par le génocide des Tutsis mais sa famille n’a pas été massacrée dans ce cadre.

Les miliciens tueurs hutus n’attendaient pas la nuit pour tuer à la sauvette leurs victimes tutsies et assimilés.  Corneille doit certainement d’être toujours en vie grâce à cette précipitation des rebelles infiltrés qui mitraillaient ceux – en majorité hutus – qui patrouillaient dans les quartiers ou étaient postés aux « barrières » (barrages routiers).*

Comme le dit Corneille, son père ne s’attendait pas à voir des rebelles présumés tutsis dans son domicile situé dans un quartier jusque là encore sous le contrôle du camp gouvernemental. 

La journée ! La nuit, les commandos du Front patriotique rwandais habitués à la guérilla en milieu hostile, opéraient dans tous les quartiers de la capitale.

La famille Nyungura était convaincue à juste titre qu’elle n’avait rien à craindre des interahamwe, hutu pawa (power) et autres bakombozi du PSD « radicalisés ».

C’est pour ça que même devenu une vedette internationale, Corneille n’est jamais rentré au Rwanda. Il sait et ils savent.

Aujourd’hui, il ose dire qu’il sait de quel camp étaient ceux qui ont tué les siens et pourquoi; parce qu’il leur doit de dire la vérité. Continuer à ne pas la dire reviendrait à les trahir. Et puis 22 ans après, on n’est plus dans le manichéisme dominant des Tutsis héroïques soldats rebelles sans peur et sans reproche opposés à des Hutus assoiffés de sang sans exception.

Corneille doit encore se souvenir de ceux qui l’ont aidé à inhumer les corps des membres de sa famille et avec qui il a fui Kigali pour se retrouver au Zaïre  (RD Congo depuis 1997). 

La vérité libère et la comédie est finie !

NKB-D 15/10/2015

*Après 1994, nous avons pu recueillir, au Rwanda et en Belgique, de nombreux témoignages à ce sujet. Un exemple parmi d’autres: Iréné Kayibanda, le plus jeune fils du premier président du Rwanda, a, selon des témoins, perdu la vie dans de pareilles circonstances à Kacyiru, un autre quartier résidentiel de Kigali.

Rwanda : le chanteur Corneille accuse des soldats du FPR d’avoir tué sa famille (Jeune Afrique)

Le chanteur Corneille prend la plume pour exorciser ses démons familiaux (rts.ch)

Cet article, publié dans exil, génocide, hutu, justice, rwanda, tutsi, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s