Le génocide dont aucun Tutsi n’aurait dû réchapper


La nuit du 6 au 7 avril 1994, de terribles dés ont été lancés au Rwanda.

Après l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyalimana, l’impitoyable chasse à l’opposant à l’ancien parti unique Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND) et aux Tutsis est lancée. Elle durera tout le temps que durera la guerre entre les Forces armées rwandaises (FAR) et l’Armée patriotique rwandaise (APR) d’alors. D’avril à juillet. Plus de 3 mois, pendant lesquels les victimes désignées seront systématiquement et souvent très brutalement massacrées, collectivement ou pas.

La plupart des lieux de refuge seront attaqués et reduits à à  néant mis à part les rares endroits ou les troupes du Front patriotique rwandais (FPR) arriveront rapidement ou bien les sites que les miliciens Interahamwe de l’ancien parti unique, ceux des autres partis ou ailes de parti extrémistes et les militaires dévoyés n’ont pas assaillis comme la paroisse de la Sainte Famille et l’Hôtel des Mille Collines dans la capitale, l’Évêché de Kabgayi à Gitarama et le site de Nyarushishi en préfecture de Cyangugu. En tout, trente à  quarante mille Tutsis rescapés en juillet 1994.

Depuis, les nouvelles autorités du pays ont identifié plus de trois cent soixante mille rescapés du génocide des Tutsis. Certains avaient pu se cacher un peu partout dans des marais, chez des particuliers, dans des plafonds, sous des cadavres, etc. Dans les montagnes de Bisesero, ils ont résisté mais quand la « zone humanitaire sûre » dite Turquoise comme l’opération du même nom est finalement mise en place, il ne reste qu’un millier de survivants affamés, mutilés et hagards.

Il y a donc cet écart entre les chiffres officiels recensés après la fin de la guerre et la situation catastrophique de la mi-juillet 1994. Les chiffres officiels évoquent aussi plus d’un million de victimes en majorité tutsies pour la période d’avril à juillet 1994.

Ces macabres statistiques ont permis à certains de remettre en question l’ampleur du génocide des Tutsis au Rwanda et même cette qualification.

Que plus de trois cent mille personnes aient pu se cacher ou être sauvées par le FPR est peu probable… Qu’ils aient pu dissimuler leur identité ou être proteges par des mariages mixtes ou des amitiés avec ceux qui « tuaient et sauvaient » est peut être une autre explication.

Une autre piste très plausible est que les statistiques hutu-tutsi d’avant et après le génocide ne sont pas fiables parce que la question ethnique était et reste un sujet très sensible.

Il n’était pas du tout avantageux d’être identifié administrativement comme tutsi avant et il n’était pas rare d’entendre dire que tels ou tels avaient « changer d’ethnie ». Ou que tels autres s’étaient vus « rendre leur ethnie ». Après juillet 94, on a évoqué le cas de personnalités du régime déchu qui auraient déclaré qu’elles n’étaient pas ce qu’on pensait qu’elles étaient mais aussi de gens plus ordinaires qui ont été suspectés de ne pas être avec certitude de l’ethnie « en vue ».

– Ndi Umututsi !
– Uri Umuhutu !
– Ni Umuhutu ?
– Ni Umututsi !

Turi Abanyarwanda ? Pas clair tout ça.

NKB – D, nuit du 7 au 8 avril 2016

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