La presse rwandaise et la présomption d’innocence.


Puisque c’est la Journée internationale de la liberté de presse nous évaluerons aujourd’hui la situation au Rwanda de 2014 sous le régime du Front patriotique rwandais au vu de l’affaire Kizito Mihigo et cie.

Nous venons de loin par rapport à 1994 et la Radio télévision libre des mille collines (RTLM) mais avons-nous beaucoup avancé depuis ?

Une journée pour y réfléchir n’est pas inutile car le quatrième pouvoir est un rempart pour « plus jamais ça » mais aussi une condition sine qua non du progrès économique, politique et social.

The New Times est la référence de la presse au Rwanda, notamment parce qu’il a été longtemps le premier et unique quotidien de la place (lancé en 96 avec l’appui du ministère de la défense dont le titulaire était le général-major Paul Kagame).

Avant 1994, et surtout avant 1990, c’était le désert avec un hebdo gouvernemental et un bimensuel catholique.

Mais revenons à notre mouton: le lundi 14 avril 2014, c’est TNT qui annonce l’arrestation de Kizito Mihigo mais avant cela aucune allusion à la disparition de la vedette qui n’ a pas été vue ni entendue le 7 avril, au 20e anniversaire du génocide.

Le vendredi 11 avril, TNT a publié un article sur KM, étrangement sans évoquer sa disparition qui dure depuis plus d’une semaine.

Le lundi 14, la police annonce qu’elle a arrêté KM le vendredi (11) et que Cassien Ntamuhanga le journaliste disparu le 7 avril vient d’être arrêté.

L’article de TNT reprend toutes les accusations – très graves – de la police sans chercher à en savoir plus notamment ce qui concerne les conditions des disparitions et des arrestations des intéressés.

Si TNT fait confiance à la police à ce point c’est qu’il y a un problème avec la présomption d’innocence de ces « dangereux subversifs ».

Nous ne savons pas si ces questions ont été posées à la police puisqu’il n’y en a pas de trace dans le quotidien mais aussi parce que la question n’a pas été abordée ni lorsque KM a été exhibé à la presse par la police ni même lorsque sa confession détaillée a été diffusée orbi et urbi.

Les jours qui ont suivi, TNT a répercuté à satiété l’indignation des hommes politiques, des artistes et des rwandais ordinaires face à la présumée conduite inqualifiable de KM.

Toujours aucune interrogation sur sa disparition forcée et pas de place pour la pourtant sacro-sainte – ailleurs !? – présomption d’innocence.

Question du jour: la presse est-elle relativement libre au Rwanda ? Ce qui précède est une réponse claire.

Très bonne journée de la liberté de la presse.

NKB 03/05/2014

Notre échantillon bien que limité à un seul élément, est représentatif parce que TNT est très représentatif du Rwanda officiel mais le même exercice peut être effectué avec le quadrilingue Igihe.com, avec Izuba Rirashe, la petite sœur de TNT, etc. Si vous le faites par écrit envoyez nous votre résultat, nous le publierons. Pour un autre son de cloche, il faudra consulter la presse indépendante en marge du système établi par le régime.

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