1994-2014: que valent les jugements des Gacaca ?


Cette question on est en droit de se la poser de nouveau aujourd’hui alors que les commémorations du 20e anniversaire du génocide des Tutsis ont été lancées cette semaine. Mais on doit surtout se la poser après que des personnes condamnées par contumace à de lourdes peines par des Gacaca* ont été invitées à Kigali et qu’elles n’ont pas eu à répondre de leurs crimes.

Lorsque le Parquet général de la République a été sollicité à propos de la présence et de la liberté au Rwanda, de deux condamnés in absentia pour leur implication active (viols et meurtres) dans le génocide des Tutsis, la réaction a été qu’il fallait vérifier que les intéressés avaient effectivement été jugés par les Gacaca concernés ! Il y en a sûrement des milliers d’autres qui aimeraient bénéficier de telles vérifications…

Si l’on se réfère à cette réponse prudente du Ministère public rwandais et au retour en Belgique  – « pour les fêtes » – des deux invités controversés du Dialogue national (Umushyikirano), la réponse à notre question initiale est pas grand chose en fin de compte. Même si les jugements en soi avaient été rendus en bonne et due forme, la parquet les a dévalorisés en évoquant une vérification préalable à l’arrestation des condamnés. On ne peut donc pas parler ici d’autorité de la chose jugée pour ce qui concerne nos Gacaca. Vous me direz qu’il ne s’agit que de deux cas sur des millions…

Au moins une association de rescapés du génocide des Tutsis rwandais s’est émue ouvertement de ces incohérences juridico-judiciaires mais elle n’a pas été entendue dans sa demande que les jugements concernant les deux « délégués » de la diaspora rwandaises de Belgique soient appliqués.

Comment expliquer que les décisions des tribunaux Gacaca aient été remises en cause aussi facilement ? Tout simplement, une règle non écrite d’impunité… pardon d’immunité contre les poursuites encadre les invitations d’expatriés rwandais « spéciaux » aux Mishyikirano. Un ancien invité à une de ces grandes palabres de fin d’année avait attendu en vain pendant tout la durée de son séjour que des questions lui soient posées sur sa contribution à la « machine génocidaire ». RIEN ! Ce n’était tout simplement pas à l’ordre du jour et lui et nous-mêmes, sommes convaincus que ses interlocuteurs savaient déjà tout sur lui. C’est très probablement pour ça qu’il avait été invité !

Les jugements des Gacaca valent donc ce qu’ils valent, c’est à dire moins que les décisions du gouvernement et de ses services de renseignement et de sécurité de mettre entre parenthèses les poursuites contre des personnes condamnées à tort ou même à raison par ces juridictions censées rendre justice aux victimes comme à leurs bourreaux.

Conclusion: les Rwandais savent mieux que quiconque ce qui est bon pour eux ! Ils ne sont pas fous…

NKB 10/01/2014

*Juridictions populaires inspirées de la tradition rwandaise qui ont été mises en oeuvre pour liquider l’immense arriéré judiciaire consécutif au génocide au Rwanda. Prononcez gatchatcha.

Condamnés pour génocide au Rwanda, libres à Kigali ! (NKB, 24/12/2013)

Kwibuka Flame sets off for national tour (The New Times, 10/01/2014)

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