« Affaires Sebatware » : la propriété privée est-elle protégée au Rwanda ? (III)


Andre Sebatware

André Sebatware restera dans l’histoire du Rwanda un de ses plus jeunes ministres. Il avait 25 ans lors de sa première entrée dans le gouvernement de Grégoire Kayibanda.

A cette question André Sebatware vous répondra non et feu son ami  Gérard Karumeyi vous aurait dit qu’elle ne l’a pas été et qu’elle ne l’est toujours pas.

L’affaire est assez simple quoique tragique: Karumeyi a été tué en 1994 durant le génocide des Tutsis et ses biens ont été pillés ou détruits. Parmi ses biens, il y avait notamment des vaches. Il était vétérinaire et ami du premier qui avait aussi du bétail dans son ranch de Busanza en périphérie de Kigali.

En 1994, Sebatware a fui comme beaucoup d’autres (qui ont eu « cette chance ») les combats entre l’armée gouvernementale et les rebelles d’alors.  Il est passé par le Zaïre, le Kenya puis la Belgique en passant par d’autres lieux d’exil plus lointains.

Après la fin de la guerre et du génocide, une de ses filles rentre au pays, elle est nommée Secrétaire d’Etat et elle parvient à récupérer les biens familiaux. Le régime ne lui convient pas, elle s’en va rapidement et s’installe en Europe du Nord.

Une dizaine d’années plus tard pour liquider la masse immense de litiges consécutifs au génocide, des tribunaux traditionnels modernisés et des milliers de juges non-professionnels sont appelés à la rescousse face à l’échec du système judiciaire classique à faire son travail. Les procès Gacaca vont aussi se pencher sur les biens de Karumeyi, des dizaines de personnes auraient pris part au pillage. Aucune mention de Sebatware à l’époque, nous dit-on. Les auteurs des destructions du patrimoine de Karumeyi sont condamnés à payer et ils s’exécutent entièrement.

Deux ans plus tard, nouveau procès pour les mêmes biens mais dans une autre juridiction Gacaca, cette fois –ci c’est Sebatware – sans co-accusés qui est accusé d’avoir « mangé » les vaches et biens immeubles de son vétérinaire et ami. Il est condamné à payer 278 millions de francs rwandais (plus de 300 mille euros) aux héritiers de Karumeyi.  Pour acquitter cette dette, une banque vendra un immeuble très bien situé en plein centre de la capitale. Assez loin, nous fait-on remarquer,  du lieu des crimes présumés où se trouvent pourtant d’autres biens qui auraient pu être mis à contribution d’abord.

C’est certainement une version très proche de celle de Sebatware qui est reprisepar la publication en Ingenzi News  mais celle-ci mentionne de nombreux témoins aussi bien des résident que des juges Gacaca qui ont requis l’anonymat en raison de les intimidations, des menaces et des pressions qui entoureraient ce dossier.

Nous avions eu l’occasion d’en discuter avec l’intéressé qui n’en revenait pas qu’on lui reproche le pillage de quelques centaines de vaches qu’il est toujours convaincu que feu son ami ne possédait pas. Des centaines de bovins dans la périphérie de Kigali, ça se serait su très loin !

Mais nous essaierons de trouver l’autre version, celle qui a mené les juges du second procès dans la même affaire déjà jugée à condamner le vieux Sebatware a rembourser ce qu’il aurait consommé ou détruit en pleine guerre et en plein génocide.

Il n’est pas inutile de rappeler qu’André Sebatware a été ministre de l’intérieur après l’indépendance sous le régime du Mouvement démocratique républicain-Parmehutu et qu’il a été préfet de la préfecture de Kigali durant la Seconde République du parti-Etat Mouvement révolutionnaire national pour le développement. En 1991, il rejoindra le MDR rénové qui est alors le fer de lance de l’opposition à l’ancien parti unique.

Le nouveau régime du Front patriotique rwandais (FPR, ancienne rébellion) le mettra dans la première catégorie des suspects de génocide et il figure aussi sur la liste d’Interpol des criminels contre l’humanité présumés. Malgré cela Sebatware ne se cachera jamais dans son exil européen et il ne sera à aucun moment inquiété ni par la justice locale ni par celle d’Arusha, La Haye, etc. Ne cherchez pas de logique dans tout ça… il n’y en a pas.

NKB 14/10/2013

Gacaca: yasize ibibazo mu banyarwanda

Ingenzi Sebatware (c’est l’article d’ingenzi News ci-dessus en format plus facilement lisible)

http://ingenzinewspaper.skyrock.com/3188653229-Gacaca-yasize-ibibazo-mu-banyarwanda.html

Gacaca ready to resolve Sebatware issue – Mukantaganzwa

Rwanda: Un procès Gacaca pour vendre les biens de Sebatware André (Editions Sources du Nil, 07/03/2010)

Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour « Affaires Sebatware » : la propriété privée est-elle protégée au Rwanda ? (III)

  1. Shanna dit :

    Si les morts avaient le dernier mot, Feu Karumeyi ne permettrait pas ces montages insensés, il était correct, humble, sérieux, homme INTEGRES, homme de VALEURS, IMFURA, …Nos parents le traitaient d’umutesi. Le gacaca , tribunal des vaincus nous éloigne de la réconciliation et la vérité Damascène et Celestin ont entrepris les efforts dans cette nouvelle forme de spoliation des bien.Un dilemme ? Tout simplement, qui vivra verra l’épisode suivante entre enfants et petits enfants Sebatware et Karumeyi. Mes respects à vous deux Papa…Un peu d’honneur pour que Karumeyi se repose en paix et pour que Sebatware vieillisse paix..Amahano ni ishyano nta shyano riba rito.
    SHANNA

  2. Twebwe umuryango wa Ndagijimana claver,nti tuzibagirwa umwana wacu Umwizerwa benoit.wazize amaherere.Imana iramuzi cyane

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s