Guerres secrètes congolo-rwandaises (suite)


Le 15 juillet 1994, la guerre officielle est finie au Rwanda. Le Front patriotique rwandais a conquis le pouvoir en quelques semaines après l’assassinat du chef de l’Etat de l’époque, la reprise des combats entre les deux parties belligérantes, les assassinats politiques et le génocide des Tutsi.

Les anciens rebelles règnent sur un pays à genoux, déchiré dont la population erre dans  les rues, gît dans des fosses communes ou survit dans des camps de déplacés  et de réfugiés.

La partie défaite n’a pas capitulé et admis son échec, elle s’est réfugiée en accompagnant les vagues d’exilés qui ont envahi surtout l’est du Congo/Zaïre.

Les anciennes Forces armées rwandaises (ex-FAR) sont pratiquement intactes, toujours bien armées et elles peuvent recruter parmi le million de réfugiés du Nord et du Sud Kivu. Elles peuvent aussi s’approvisionner grâce à la manne humanitaire, au désordre ambiant et à la complaisance de certains membres de la communauté internationale pour qui la guerre n’est pas finie.

Deux ans vont s’écouler avec ce statu quo. En 1995, Kigali a démantelé les camps de déplacés qui avaient été mis en place au moment de la grande fuite vers l’ouest et l’installation de la zone d’occupation militaire française dite turquoise.

De temps à autres des attaques meurtrières sont menées à l’intérieur du Rwanda et on suspecte que les ex-FAR de les mener en préparation d’une offensive majeure qui leur permettra de reprendre pied au Rwanda. Des réfugiés qui sont convaincus de l’imminence du retour en force, ne quittent pas les camps, ils attendent que la guerre reprenne de l’autre côté de la frontière…

A l’intérieur, on s’attend aussi à une attaque de la part des nouveaux rebelles qui recrutent, s’entraînent, s’équipent au vu et au su de leurs hôtes et de la communauté internationale présente en force au travers des ONG humanitaires et des agences des Nations-Unies.

Il y aura des escarmouches à la frontière entre le Zaïre et le Rwanda du côté de Bukavu et Cyangugu. Nous sommes au milieu de 1996. Puis on parlera de persécutions contre des Tutsi de cette région. Les Banyamulenge qui habitent le Sud-Kivu se soulèveront, nous dit-on, pour résister à leur extermination. Rapidement les autorités de Kigali seront accusées de soutenir la rébellion nyamulenge et même d’avoir envoyé ses troupes pour mener la guerre contre les ex-FAR et leurs alliés zaïrois dans leurs propres arrières.

Un de nos collègues rappellera, fin 1996 dans Imvaho Nshya, que Kagame avait fait allusion à cette attaque un an plus tôt à Kibuye, en disant que les camps n’étaient pas loin du tout. Juste là ! (de l’autre côté du lac Kivu). Nous devrons nous expliquer et l’affaire ira très haut mais elle sera jugée à sa juste valeur même si certains y ont vu du sabotage et de la subversion. Pas de quoi fouetter un chat… ou un journaliste.

Malgré les efforts de Kinshasa dans ce sens, le caractère international du conflit ne sera pas reconnu par la communauté internationale qui jouera les médiations entre les deux parties jusqu’à la chute et la fuite de l’une d’entre elle.

Après la guerre des camps de réfugiés, apparaîtra  l’AFDL (l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) avec à leur tête Laurent Désiré Kabila. La couverture des Banyamulenge n’est plus suffisante et il faut donner une enveloppe plus congolo-zaïroise à l’ensemble.

Une fois l’extrême est du Congo sous contrôle des rebelles et surtout de leurs alliés et parrains étrangers, la conquête du reste de l’immense pays (89 fois le Rwanda) se fera presque sans coup férir. Kisangani tombe le 15 mars, deux mois plus tard et 1200 kilomètres plus loin, c’est au tour de Kin’.

Ce n’est que plusieurs mois après la prise de Kinshasa qui aura lieu en mai 1997 (le 17 très précisément) que Paul Kagame avouera ce que tout le monde savait. Plus tard, Museveni se vantera aussi d’avoir contribué au renversement du maréchal Mobutu Sese Seko.

Parler publiquement du secret de polichinelle sur la guerre du Rwanda au Zaïre n’était plus tabou pour les parrains des Banyamulenge, de Laurent-Désiré Kabila et de leur Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre. Mobutu et son régime partis, La mission était accomplie.

NKB 23-25/04/2013

Certains articles de Wikipédia sur ce sujet sont très sérieux et référencés, leur lecture n’est pas du tout inutile. Au contraire.

Les guerres secrètes du Rwanda: leçons bien apprises (NKB, 31/03/2013)
Alliance of Democratic Forces for the Liberation of Congo (Wikipedia)

Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (Wikipédia)

Laurent-Désiré Kabila

Banyamulenge

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