Le colonel Aloys Nsekalije acquitté


Le colonel à la retraite Aloys Nsekalije qui a été blanchi des accusations de génocide vendredi 26 juin par le tribunal Gacaca de son lieu de résidence n’est pas pas le premier venu.
En juillet 1973, il faisait partie des officiers supérieurs qui se sont dénommés les camarades de la révolution suite au coup d’Etat militaire qui a renversé le président civil Grégoire Kayibanda.
Comme ses autres compagnons, il était issu de la première promotion des officiers de l’armée rwandaise formés par les autorités de la tutelle belge pour remplacer la force publique (coloniale) au moment de l’indépendance du Rwanda, le 1er juillet 1962.
Après le putsch, il sera ministre des affaires étrangères, ministre de l’éducation nationale et ministre de la jeunesse. Quel que soit son portefeuille, M. Nsekalije aura une influence sur-dimensionnée au point que l’hebdomadaire Jeune Afrique dira de lui dans les années 80, qu’il était le véritable numéro 2 du régime (Il était comparé à Mikhaïl Souslov… c’était le n° 2 de Léonid Brejnev).
La rumeur disait de lui qu’il était le cousin du chef de l’Etat, son camarade de promotion, le général major Juvénal Habyalimana. Dans les faits, ils étaient collègues de classe et on a beaucoup dit que le père de Nsekalije avait grandement aidé celui de Habyalimana à s’installer dans la région du Bushiru. D’après un membre d’une grande famille de la région du Bushiru (Nord-ouest), il n’en était rien, aussi bien les parents de Habyarimana que ceux de Nsekalije venaient d’ailleurs.
Nsekalije était connu pour son franc-parler qui serait jugé aujourd’hui politiquement incorrect notamment en ce qui concerne l’accession à l’école secondaire publique d’enfants non originaire de sa région. Il répondait à ceux qui osaient le questionner sur le bien-fondé de sa politique dans ce domaine qu’il était normal qu’il satisfasse d’abord les besoins scolaires des enfants de ses proches et connaissances comme ceux par exemple du bourgmestre de chez lui.
Il n’y avait au début des années 80, qu’un petit nombre d’écoles privées, de sorte qu’il n’était pas du tout rare que ceux qui ne trouvaient pas de place dans les établissements publics aillent au Zaïre (RD Congo), au Burundi ou en Ouganda. Le département de l’Education était stratégique dans la politique d’équilibre régionale et ethnique – la discrimination positive visant à faire rattraper le retard présumé des Hutus en général et des ressortissants du nord en particulier. Ce système de quotas connaîtra de nombreux abus et « arrangements » en tous genres.
Il y eut beaucoup de rumeurs à propos du colonel Nsekalije. Il faut dire qu’il était parmi les dirigeants de la Seconde République qui se faisait le plus remarquer et dont on parlait le plus. Il aurait notamment à un moment donné fêté son premier milliard en francs rwandais, ce qui équivalait à l’époque autour de 10 millions de dollars.
Et puis il a décliné et il a été marginalisé. Il sera mis à la retraite dans les années 90 et en 1994, il est très loin de l’ancien parti unique MRND Mouvement national pour le développement révolutionaire rebaptisé républicain pour les besoins de la cause et des cercles du pouvoirs entourant le président Juvénal Habyarimana.
Lorsqu’à lieu la sanglante explosion d’avril 1994, il ne sera pas évacué et il ne cherchera pas à être évacué avec ces anciens camarades. Il restera dans sa résidence de la périphérie de Kigali avec quelques membres de sa famille, des employés de maison et une cinquantaine de victimes potentielles du génocide jusqu’à ce que les troupes du Front patriotique rwandais contrôle la zone.
On entendra de nouveau parler de lui, lorsque le plus agés de ses fils sera nommé préfet dans leur préfecture d’origine de Gisenyi. C’était en pleine insurrection au nord suite au rapatriement depuis le Zaïre (RD Congo) de centaines de milliers de réfugiés dont des militaires et des miliciens. Dans Gisenyi et surtout dans la région du Bushiru, les Nsekalije disposaient certainement de réseaux utiles au FPR pour venir à bout de la rébellion.
Le fils de Nsekalije deviendra ensuite député représentant le FPR au parlement et membre du National Executive Committee (NEC).
Aloys Nsekalije vivait en retraité paisible jusqu’à ce que récemmement le Gacaca de son coin décide de lui chercher des poux. Il a été blanchi mais d’après certains pessimistes, ce n’est que partie remise et d’autres accusations seront fabriquées tôt ou tard. Qui vivra verra !
NKB 02/07/2009

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