Rwanda. Les virages ratés de Ferdinand Nahimana


Rwanda. Virages ratés
XIII : le chapitre final
mercredi 3 octobre 2007

Les derniers virages ratés de l’ouvrage du professeur d’histoire Ferdinand Nahimana sont consacrés au génocide, au singulier. La nouveauté, c’est que le génocide des Batutsi n’a pas été planifié… par ceux qui en sont accusés et qui sont détenus dans les cellules du TPIR à Arusha ou qui sont recherchés dans le monde entier. D’après l’auteur, le génocide des Batutsi et des Bahutu a été planifié dans ses moindres détails par le FPR de Paul Kagame.
Le chapitre XIII qui porte le chiffre porte malheur est aussi la partie la plus importante et ce n’est pas un hasard puisque le livre tente de démontrer que la série d’occasions manquées par tous les acteurs – surtout par les opposants au régime du MRND(D) – ont mené au crash final déclenché par l’attentat contre l’avion présidentiel.
Il n’est pas question de double génocide, l’un visant les Tutsi et l’autre les Hutu mais un seul et unique génocide des Rwandais voulu par un FPR assoiffé de sang et de pouvoir ! Le TPIR qui continue de condamner les dignitaires du régime défunt n’est pas encore convaincu par cette thèse révolutionnaire reprise depuis quelques années, par de nombreux auteurs qui citent le témoignage-livre de l’ancien infirmier/agent du renseignement militaire de l’APR Venuste – Joshua – Ruzibiza alias Abdoul, comme principale preuve du plan génocidaire du FPR.
Génocidaire, toi-même !
NKB 03/10/2007
Virage évité : Léon Mugesera
Le 22 novembre 1992, le professeur Léon Mugesera Vice-président du comité préfectoral du M.R.N.D. de Gisenyi prononça un discours à Kabaya dans la préfecture de Gisenyi. Ce discours controversé fit grand bruit au point que M. Mugesera dut s’exiler peu de temps après, malgré qu’il faisait partie de l’ancien parti unique toujours très dominant à l’époque.
Dans son ouvrage, le professeur Ferdinand Nahimana traite du discours prononcé par le Président Juvénal Habyarimana dans un meeting à Ruhengeri le 15 novembre et la réaction par lettre du premier ministre Dismas Nsengiyaremye le 17 novembre (« les chiffons de papier » à propos des accords de paix d’Arusha, p. 241) mais pas du discours de Mugesera qui suit immédiatement dans ce contexte tendu.
Des « chiffons de papier », on passe à décembre 1992 et janvier 1993, avec le protocole d’accord sur le partage du pouvoir et l’attaque du FPR en février 1993. Kabaya ne valait pas un détour dans Les virages ratés ?
NKB 20/09/2007
La Radio télévision libre des mille collines
RTLM : une radio comme une autre !
Ferdinand Nahimana n’accorde pas un statut particulier à la Radio télévision libre des mille collines dont il était un des fondateurs et membre du conseil d’administration. La RTLM est évoquée et citée abondamment en fin d’ouvrage mais aucune section n’y est consacrée pour traiter des motivations de sa création, de ses objectifs, etc.
Cette radio est pourtant considérée par les accusateurs de Nahimana comme un élément-clé de l’élimination de l’opposition au MRND et des massacres génocidaires.
NKB 11/09/2007
Page 365.
Tel est le constat de l’évidence. En dehors du FPR, de son réseau d’alliés et de supporters inconditionnels, les connaisseurs de la presse rwandaise, tels les pères Guy Theunis et André Sibomana, la direction et le comité de rédaction de la revue Dialogue, ne considéraient pas la radio RTLM d’avant le 6 avril 1994 comme un organe de presse qui, à longueur de journée, « crachait son venin donnant comme solution à tous les problèmes du Rwanda l’élimination physique des Tutsi et de leur ’complice’ » (Lugan, 2004, p.189). La radio « RTLM était un organe de presse comme un autre », sans qualificatif singulier.
À lire Rwanda. Les virages ratés, nous nous posons la question : comment se fait-il que le tribunal pénal international pour le Rwanda acquitte certains des accusés qui y comparaissent !? Si l’ancien ministre André Ntagerura, l’ancien préfet Emmanuel Bagambiki et d’autres ont été acquittés n’est-ce pas que les procès ne sont pas jugés d’avance par des juges qui seraient tout entiers acquis à la cause du FPR, de ses parrains et de ses alliés ? Posez la question c’est y répondre !
Accusations en miroir
Mars 1992 : les massacres du Bugesera
La version de Ferdinand Nahimana
Ferdinand Nahimana était le Directeur de l’Office rwandais de l’information (ORINFOR : Radio Rwanda, TVR, Imvaho et La Relève) lorsqu’un massacre de Tutsi a eu lieu au Bugesera en mars 1992. D’après ses accusateurs, ce massacre serait survenu après la lecture ou l’évocation à Radio Rwanda d’un communiqué d’une mystérieuse association de défense des droits de l’homme du Kenya prévenant ses consœurs rwandaises d’assassinats imminents de leaders Hutus par le FPR (Voir : accusations en miroir).
RWANDA. Les virages ratés, le dernier ouvrage de M. Nahimana compte 13 parties et la plus longue, celle qui porte le chiffre porte malheur est consacrée au génocide (63 pages). En termes quantitatifs ( 44 pages), la 7e partie consacrée au massacre anti Tutsi de mars 92 au Bugesera vient en second et elle est intitulée Le Bugesera : vérité occultée.
La thèse du Professeur Nahimana est celle-ci : ce massacre qui a débuté le 5 mars n’est pas la conséquence d’un éditorial de Radio Rwanda diffusé le 3 et le 4 mars et appelant la population à la vigilance face à un plan diabolique du FPR mais plutôt le meeting à Nyamata de Justin Mugenzi, Président de l’époque du Parti Libéral rwandais.
Selon Nahimana, si lui et ses avocats n’ont pas convaincu les juges du Tribunal d’Arusha, c’est tout simplement qu’ils ont été manipulés par de faux témoins à la solde du FPR et de puissants lobbys au service de celui-ci et de ses commanditaires.
Condamnation et réactions en 2003
NKB 08/009/2007
Ferdinand Nahimana
Les accusations (en miroir) contre lui
et la fameuse nuit du 4 au 5 octobre 1990…
Page 134 de RWANDA. Les virages ratés de Ferdinand Nahimana
En parlant du FPR et de ses associés
« Leur réussite a été et reste fondée sur leur grande capacité de devancer les victimes ciblées, de les incriminer avant l’heure, de les rendre odieuses devant l’opinion publique nationale et internationale grâce à une campagne médiatique sans précédent et de leur attribuer les forfaits macabres qu’ils projetaient eux-mêmes de perpétrer ou qu’ils avaient déjà exécutés. »
Ici la méthode de l’accusation en miroir est décrite sans être nommée par M. Nahimana qui en sait quelque chose puisqu’il considère en être une victime.
Quant à la fameuse nuit du 4 au 5 octobre 1990
Ceci n’est pas une farce*
Page 128 : La vérité sur le 4 et le 5 octobre n’a jamais été révélée officiellement en détails. Pour Shimamungu »la nuit du 4 au 5 octobre, ce n’était pas de la farce (Shimamungu 2004,p. 225) (Revenez plus tard pour lire la suite en actualisant la page, si nécessaire)
*Tableau de Magritte Ceci n’est pas une pipe
NKB 04/09/2007
Ferdinand Nahimana était le Directeur de l’Office rwandais de l’information (Radio Rwanda, TVR, Imvaho et La Relève) lorsqu’un massacre de Tutsis a eu lieu au Bugesera en 1992. D’après ses accusateurs, ce massacre serait survenu après la lecture à Radio Rwanda d’un communiqué d’une mystérieuse association de défense des droits de l’homme du Kenya prévenant ses consœurs rwandaises d’assassinats imminents de leaders Hutus (Voir : accusations en miroir).
Il est aussi – notamment – reproché à M. Nahimana, d’avoir co-fondé la fameuse RTLM (Radio télévision libre des mille collines). Ferdinand Nahimana est actuellement détenu au Tribunal pénal international pour le rwanda (TPIR) à Arusha, Tanzanie.
NKB 28/08/2007
Les virages évités
3e partie : De l’indépendance au coup d’État, 11 pages.
C’est la plus petite partie de l’ouvrage. L’auteur était au moment de la fin du régime Kayibanda à l’Université nationale du Rwanda (UNR) et il traite des tensions ethniques Hutu-Tutsi et régionalistes Kiga-Nduga qui ont caractérisé cette époque et qui ont mené à la partie suivante consacrée au régime du général Habyarimana.
4e partie : De juillet 1973 à octobre 1990, 31 pages.
5 juillet 1973
Page 77 : « Au Rwanda aucun événement politique n’a été aussi bien accueilli par les différentes composantes de la population que ce coup d’État ».
Dans cette partie, l’auteur désignent ceux qui ont miné le régime de Habyarimana (qui se retrouveront du côté FPR pour achever celui-ci) par l’ethnisme, le régionalisme et le népotisme : Kanyarengwe, Nsekalije et Lizinde. Lizinde est responsable de l’assassinat des dignitaires du régime Kayibanda, Nsekalije de la marginalisation/exclusion des Hutus du centre et sud dans l’enseignement. La seule erreur de Habyarimana ne pas les avoir écartés plus tôt !
Ici, un des virages évités par l’auteur que nous avons identifié, c’est l’expulsion de dizaines de milliers de réfugiés rwandais d’Ouganda en 1982. Expulsé d’Ouganda, ils ont été bloqués à la frontière par les autorités rwandaises. Un virage raté pour celles-ci de démontrer leur bonne volonté en matière de rapatriement et de réintégration des réfugiés et une réserve de recrutement pour Yoweri Museveni qui avait repris le chemin du maquis après le retour au pouvoir de Milton Obote.
NKB 03/09/2007
Royaume du Rwanda : expansion dans l’oppression et De la colonisation à la décolonisation
Nous avons entamé la lecture de l’ouvrage du professeur d’histoire Nahimana Ferdinand. Nous y avons retrouvé les thèmes habituels (clichés ?) des quatre siècles d’oppression des Hutus par les seigneurs Tutsis (les rois et seigneurs Hutus qui subsistaient jusqu’à l’arrivée des Européens, opprimaient-ils moins leurs sujets ?), la méfiance des Hutus pour les Tutsis, le sentiment de supériorité du Tutsi vis à vis du Hutu, la culture du mensonge, le mépris de la vie humaine, etc.
Il nous a semblé plus intéressant de rechercher ce que M. Nahimana n’a pas écrit non pas qu’il se devait d’être exhaustif ou que nous aurions aimé qu’il l’ait été à l’occasion de ses/ces 447 mais tout simplement parce qu’il ne pouvait pas passer sous silence certains faits importants de notre histoire tourmentée sans susciter des interrogations dans notre esprit.
Nous parlions de coup d’Etat à un(e) associé(e) perspicace, nous pensions au coup d’État de Gitarama du 28 janvier 1961 mais elle a parlé du coup de d’État de Rucunshu en 1896. M. Nahimana ne mentionne pas du tout le second et évoque le premier en utilisant les termes de Congrès de Gitarama. Lors du putsch de Rucunshu, le roi tutsi nyiginya (clan des banyiginya) Rutalindwa, tous les membres de sa « famille » ont été brûlés vifs dans leur résidence par leurs rivaux tutsis du clan des Bega.
1959, c’est la révolution sociale qui a débuté le 1er novembre après l’agression de Dominique Mbonyumutwa – futur président ad interim (de la future) République – par une bande de jeunes Tutsis. mais c’est aussi la disparition subite et mystérieuse du Roi (Charles) Mutara V Rudahigwa à Bujumbura, le 25 juillet. De ce dernier événement, il n’est point fait mention dans la 2e partie consacrée dans l’ouvrage à la période De la colonisation à la décolonisation
Et entre Rutalindwa et Rudahigwa il y a eu … Musinga ! Celui-ci est mentionné mais rien sur les circonstances de la fin de son règne et de sa fin personnelle en exil au Congo belge…
De 1896 à 1959, la fin de trois de nos chefs d’État n’est pas évoquée ! Ces virages ratés nous intéressent aussi. Si vous êtes aussi occupés à lire cet ouvrage, bonne lecture de ce qui n’est pas écrit.
NKB 30/08/2007

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